‘A Terrible Beauty’, Francis Bacon: Disorder and Reality

« Une beauté terrible », Francis Bacon : désordre et réalité

ROSAMOND RICHARDSON

 

ouvrage bilingue

traduction de l’anglais : Blandine Longre

Postfaces : Paul Stubbs & Will Stone

Isbn 9782919582211 – mai 2019 – 84 pages – 10 €

In this insightful essay, Rosamond Richardson explores the relationship between faith, flesh, and the imagery of the crucifixion in the paintings of Francis Bacon and in Matthias Grünewald’s Isenheim Altarpiece.

 

Both artists knew that the truth can be transformative as well as painful. Grünewald’s realism spoke to the lowly and disgusting condition of those struck down with St Anthony’s fire: by His wounds are we healed. Bacon referred to Grünewald’s horror as ‘a grand horror, in the sense that it is vitalising.’

Dans cet éclairant essai, Rosamond Richardson explore les relations entre la foi, la chair et l’imagerie de la crucifixion dans les tableaux de Francis Bacon et le retable d’Issenheim de Matthias Grünewald.

 

Les deux artistes savaient que la vérité peut être transformative autant que douloureuse. Le réalisme de Grünewald s’adressait aux gens frappés du feu de Saint-Antoine, humbles et repoussants : Et c’est grâce à Ses plaies que nous sommes guéris. Bacon parlait en ces termes de l’horreur mise en scène par Grünewald : « C’est une horreur magnifique, dans le sens où elle est vivifiante. »

Rosamond Richardson (1945-2017) was an author, a journalist and essayist. Under the nom de plume Ingrid Soren, she lectured on Dante and T. S. Eliot in Cambridge and Florence, and her book Meeting Dante came out in 2012. She collaborated with Cambridge University’s Professor of Italian Literature, Robin Kirkpatrick (who translated The Divine Comedy for Penguin Classics), was the author of The Zen of Horseriding (Little, Brown) and wrote articles for the contemporary art magazine Canvas, as well as an introduction to Paul Stubbs’ long poem Flesh (Black Herald Press, 2013). In 2014, she gave a presentation on 19th century poet John Clare's wild flowers to the inaugural symposium of the new Centre for John Clare Studies at Cambridge. Under her real name, she also wrote numerous vegetarian cookery books, advocating organic food in all her writing, and Linda McCartney appointed her as her personal food consultant during the writing of two of her bestselling books. She was also the author of several books about the countryside, including the international bestseller Country Wisdom and the Penguin Classic Hedgerow Cookery. She wrote regularly for Britain’s major bird magazine Bird Watching. She was the author of and co-presenter of BBC Two’s Discovering Hedgerows and also wrote for various magazines (Landscape, Countryside, Country Life, The Countryman). Her last two books, Britain's Wild Flowers (National Trust) and Waiting for the Albino Dunnock (Weidenfeld & Nicolson) were published in 2017.

 

Rosamond Richardson (1945-2017), autrice, journaliste et essayiste, écrivait aussi sous son nom de plume Ingrid Soren ; spécialiste de Dante et de T. S. Eliot, elle était l’auteur de The Zen of Horseriding (Little, Brown) et de Meeting Dante (2012), et collabora avec Robin Kirkpatrick, professeur de littérature italienne (traducteur en anglais de la Divine Comédie pour Penguin Classics). Certains de ses articles furent publiés dans la revue d’art contemporain Canvas, et elle écrivit l’introduction au long poème Flesh de Paul Stubbs (Black Herald Press, 2013). En 2014, elle participa à une conférence organisée par le Centre for John Clare Studies à Cambridge. Sous son vrai nom, elle publia de nombreux livres de cuisine végétarienne (en promouvant l’alimentation biologique) et contribua à deux des ouvrages de Linda McCartney. Elle était aussi l’autrice de nombreux ouvrages sur la nature, entre autres sur les oiseaux et la flore, et contribua à plusieurs magazines anglais (Bird Watching, Landscape, Countryside, Country Life, The Countryman). Ses deux derniers ouvrages, Britain's Wild Flowers (National Trust) and Waiting for the Albino Dunnock (Weidenfeld & Nicolson), ont paru en 2017.

A la librairie Marc Van de Wiele
Antiquariaat,
Bruges, avril 2019.

Paul Stubbs is the author of three poetry collections—The Theological Museum (Flambard, 2005), The Icon Maker (Arc, 2008), and The End of the Trial of Man (Arc, 2015)—and of two long poems, Ex Nihilo and Flesh (Black Herald Press, 2010 & 2013). He has also written two books of poetical and philosophical essays, The Carbonized Earth (on Arthur Rimbaud) and The Return to Silence (2016). His forthcoming collection, The Lost Songs of Gravity, is partly based on the writings of Simone Weil and other thinkers. https://poetpstubbs.wixsite.com/paulstubbs

 

Paul Stubbs est l’auteur de trois recueils de poésie—The Theological Museum (Flambard Press, 2005), The Icon Maker (Arc, 2008), The End of the Trial of Man (Arc, 2015), de deux longs poèmes, Ex Nihilo et Flesh (Black Herald Press, 2010 & 2013), et de divers essais et pièces de théâtre. Son prochain recueil, The Lost Songs of Gravity, s’inspire en partie des écrits de Simone Weil. Poèmes et essais ont paru dans diverses revues et anthologies en Grande-Bretagne et en France, dont Les Carnets d’EucharisPoésie / première et Nunc.

 

Will Stone, a poet and translator, is the author of three poetry collections—Glaciation (Salt, 2007), Drawing in Ash (2011), and The Sleepwalkers (Shearsman, 2016). His translations of the Belgian poets Émile Verhaeren and Georges Rodenbach were published by Arc in the UK, and he has also translated various books from the French and the German, among others The Art of the City by Georg Simmel (Pushkin Press, 2018), and Surrender to Night, Collected Poems of Georg Trakl (Pushkin Press, 2019).

 

Will Stone, poète et traducteur, est l’auteur de trois recueils parus en Grande-Bretagne – Glaciation (Salt, 2007), Drawing in Ash (2011), et The Sleepwalkers (Shearsman, 2016). Il a traduit en anglais les poètes belges Émile Verhaeren et Georges Rodenbach, ainsi que divers ouvrages, dont récemment les poèmes complets de Georg Trakl (Pushkin Press, 2019).

une note de lecture de Michèle Duclos, temporel.fr, septembre 2019

Rosamond Richardson : ‘A Terrible Beauty’ Francis Bacon : Disorder and Reality / « Une beauté terrible » Francis Bacon : désordre et réalité. Paris-London : Black Herald Press, 2019.

Ce mince livre de 81 pages se présente comme un hommage rendu par le poète Paul Stubbs et le critique Will Stone à une amie commune, Rosamond Richardson récemment décédée, comme eux passionnée par la culture, particulièrement par l’art et surtout par la peinture de Francis Bacon comme elle l’exprime dans la première partie du livre qui donne aussi son titre au volume. Tous trois ont fait le voyage à Colmar pour contempler le retable d’Issenheim, le célèbre tableau de Grünewald, seul tableau digne à leurs yeux de rivaliser avec les tableaux de Bacon qui eux aussi montrent l’horreur de la chair pourrissante et en conséquence l’inanité de la condition humaine. Il apparait vite alors que le thème majeur du volume est la peinture et la spiritualité de l’Irlandais, particulièrement pour le texte médian du poète Paul Stubbs intitulé « L’amour et la crise religieuse » : Stubbs a placé une grande partie de son inspiration, de son écriture et de sa thématique sous l’égide de Bacon, dont un célèbre tableau, Pape Innocent X inspiré de Vélasquez illustre la couverture de son cinquième recueil de poèmes The End of the Trial of Man publié par Arc Publications en 2016. Stubbs, comme ses deux amis, s’interroge sur l’athéisme proclamé du peintre, rappelant après Simone Weil que « Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l’absence ». Une quantité impressionnante à travers les siècles de Maître Eckhart ou Maimonide et des Upanisads à Blaise Pascal, Kierkegaard, Nietzsche et Simone Weil, de penseurs à la spiritualité ouverte non kantienne, émaille son texte.

Rappelons aussi que le titre du volume « A Terrible Beauty is Born » est emprunté à l’un des plus célèbres poèmes de W. B. Yeats, tout comme la référence à la « bête unique vouée à surgir de ces tableaux » rappelle un autre poème célèbre du poète irlandais, « The Second Coming »/ Le Second Avènement » qui a inspiré plusieurs poèmes de Stubbs.

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Francis Bacon et Matthias Grünewald, souffrance et transformation.

note de lecture de Jean-Pierre Longre, mai 2019

Rosamond Richardson, « A terrible beauty ». Francis Bacon : discorder and reality / « Une beauté terrible ». Francis Bacon : désordre et réalité. Ouvrage bilingue, traduit de l’anglais par Blandine Longre. Postfaces de Paul Stubbs et Will Stone. Black Herald Press, 2019.

Rosamond Richardson (1945-2017), écrivaine éclectique, spécialiste entre autres de Dante et de T. S. Eliot, établit ici un rapport circonstancié entre les tableaux de Francis Bacon (1909-1992) et le retable d’Issenheim, de Matthias Grünewald (1475-1528), « œuvre hyperréaliste » dont Bacon, bien qu’athée, reconnut d’emblée « la grandeur ». Pour lui, écrit Rosamond Richardson, la chair souffrante est inextricablement liée à l’expérience de la vie même. « L’horreur de la crucifixion de Grünewald nous contraint à ressentir ce qu’être crucifié peut représenter, tout comme les toiles de Bacon nous contraignent à éprouver la noirceur et la violence de la condition humaine. Deux expériences également choquantes. ». La violence en question est toutefois source de transformation, et celle que Bacon décèle dans le retable et pratique dans ses œuvres peut être considérée comme une quête d’ordre religieux – et l’on sait combien le crucifix fut pour le peintre une image importante. Rosamond Richardson conclut son essai en imaginant « l’artiste vieillissant » voyant « des images de l’homme vaincu, mais aussi, dans les figures aux épouvantables difformités, la vision d’un esprit qui affronte et défie les Furies. ».

Paul Stubbs, poète et philosophe, et Will Stone, poète et traducteur, tous deux amis de Rosamond Richardson, complètent ce volume avec deux « postfaces » qui sont en fait des essais sur l’écrivaine. Le premier, dans « L’amour et la crise religieuse », évoque les conversations qu’il avait avec elle sur le mysticisme, Pascal, Simone Weill, ainsi que la passion qu’il partageait avec elle pour Francis Bacon, et réfléchit à ce propos sur la nature de l’art : « Nous pensions tous deux, me semble-t-il, que tout artiste ou écrivain véritable doit (assurément ?) faire passer le cri avant le verbe ». Will Stone, dans « Le calvaire de Colmar. Un hommage à la vie spirituelle de Rosa Richardson », relate la découverte qu’il fit avec elle des œuvres de Matthias Grünewald réunies dans deux expositions temporaires à Colmar et Karlsruhe, « une expérience unique, qui représentait bien plus qu’une simple visite culturelle » pour celle dont Will Stone affirme que « ses écrits se nourrissent de philosophie, d’histoire, de poésie, pour ne citer que trois de ses passions. ».

Un essai principal et deux textes qui le complètent et se complètent entre eux : ce volume dense en forme de triptyque offre plusieurs pistes de réflexion : sur Francis Bacon et son cheminement artistique, sur le retable d’Issenheim et l’œuvre de Matthias Grünewald, et, surtout, sur la pensée de Rosamond Richardson, dans des perspectives essentiellement esthétiques et spirituelles. 

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